Benoît Havez, directeur RH à la BU GMS de Stef « Nous devons avoir un discours de vérité »

15 oct. 2025
Lecture : 3 minutes

Chaque année, le secteur de la logistique recrute massivement. Mais la méconnaissance de ses métiers, les aprioris dont il pâtit, et aussi les conditions de travail parfois exigeantes, rend la recherche de candidats souvent difficile. Pour les attirer, le groupe Stef, spécialiste de la logistique et du transport de produits alimentaires, déploie depuis de nombreuses années plusieurs stratégies de séduction. Témoignage de l’un de ses DRH.

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Le groupe Stef, spécialiste de la logistique et du transport de produits alimentaires, se divise en 9 Business Units. Vous êtes le DRH de la BU GMS (Grandes et Moyennes Surfaces). Que représente-t-elle, en termes de Ressources Humaines, au sein du groupe ?

Nos clients sont les acteurs de la grande distribution généraliste et, de plus en plus, les acteurs de la distribution spécialisée (bio, surgelés, etc.). Ces enseignes ont besoin d’une logistique sur-mesure, adaptée à leurs spécificités. Pour y répondre, notre Business Unit s’appuie sur 25 sites en France et compte 3 000 collaborateurs. Chaque site fonctionne comme une filiale autonome, avec à sa tête un directeur ou une directrice et un comité de direction incluant notamment un ou une responsable RH.

Est-ce que Stef recrute, et si oui, quels sont les profils les plus recherchés ?

Le groupe est présent dans 8 pays d’Europe. En 2024, nous avons embauché 4 000 personnes, dont 3 000 en France. Et le rythme devrait rester le même dans les années à venir. Ces recrutements sont liés au développement de l’entreprise, mais aussi pour compenser les départs à la retraite et le turn-over naturel, ainsi que pour accompagner le besoin en nouvelles expertises. Les profils que nous recherchons le plus sont dans les métiers de production : préparateurs de commandes, agents de quai et conducteurs.

Est-ce que vous avez du mal à recruter ?

Sur ces trois postes, oui, nous avons du mal à recruter. Même si ces métiers sont accessibles sans qualification préalable et sont ouverts à tous profils, l’offre de candidatures ne couvre pas toujours notre demande. D’autant que souvent, nous sommes plusieurs logisticiens sur une même zone géographique, avec les mêmes besoins. D’autre part, les sites logistiques sont souvent excentrés, en dehors des villes. Il y a donc une problématique de mobilité pour le personnel, car les transports en commun ne sont pas toujours suffisants, et pas forcément compatibles avec nos horaires d’activité. Malgré le fait que nous prenions en charge une partie des frais kilométriques, cela peut rester un point de blocage pour les candidats, alors même que nos rémunérations sont plus attractives qu’il n’y paraît.

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Benoît Havez, directeur RH de la BU GMS du groupe Stef

Y a-t-il d’autres raisons à cette tension entre offre et demande ?

Nous parlons d’un secteur qui souffre de préjugés sur les questions de pénibilité, d’horaires, de reconnaissance, de salaires… il reste encore méconnu par un grand nombre de personnes. Nous devons nous faire connaître, montrer la réalité et tenir un discours transparent, avec un contrat clair dès le départ : cela ne servirait à rien de cacher les défis à relever dans ces métiers. Mais ce sont aussi des métiers qui offrent des opportunités de carrières, et nous le mettons en valeur pour attirer des candidats. Nous travaillons également sur la QVCT pour fidéliser nos équipes.

Comment vous y prenez-vous pour attirer les postulants, et ensuite pour garder les talents ?

Nous travaillons avec différents acteurs et de différentes manières : France Travail, tant au niveau national que local, Cap Emploi, associations, missions locales... Nous présentons nos métiers aux agents qui seront ensuite en contact avec les candidats, nous leur faisons visiter nos sites pour qu’ils puissent avoir le même discours transparent que nous. Et nous devons, avant tout, être présents sur le terrain. Nous essayons de faire comprendre à tous qu’il est possible de grandir chez nous. Par exemple, 20 % de nos directeurs de filiale actuels sont arrivés chez nous sans diplôme. On peut par exemple débuter comme préparateur de commandes, évoluer vers l’encadrement, puis grâce à l’accompagnement interne, accéder, pour certains, à des postes de direction. C’est l’un des atouts de notre secteur : l’ascenseur social y fonctionne réellement.

Quelles réponses donnez-vous par rapport aux principales critiques que l’on fait au secteur de la logistique, notamment à propos des conditions de travail ?

Nous assumons pleinement les défis liés aux conditions de travail et nous y répondons par des actions concrètes : aménagement des postes, management de proximité… Comme la plupart des secteurs de notre économie, nous évoluons avec la société. Nous sommes à l’écoute des besoins et en perpétuelle adaptation. Par exemple, nous cherchons à féminiser nos métiers pour atteindre 25 % de nos effectifs d’ici 2030. Nous travaillons notamment sur l’aménagement des emplois du temps, sur les horaires et le temps partiel. Nous sommes également particulièrement attentifs à la santé et à la sécurité de nos employés, avec des ergonomes qui sont pleinement intégrés à l’entreprise pour aménager les postes de travail, proposer de tester des exosquelettes pour la manutention, ou encore penser des vêtements aussi adaptés aux femmes. Nous avons par ailleurs mis en place des instances d’écoute des collaborateurs et collaboratrices sur le terrain, qui permettent à toutes et tous de faire remonter les difficultés et de suggérer des pistes d’amélioration. Nous multiplions les animations et les évènements fédérateurs, qui créent du lien et favorisent une bonne ambiance au sein des équipes. Dans un monde en constante évolution, nous devons préserver ce qui fait notre force : des métiers profondément humains où la solidarité et l'entraide restent des valeurs fortes. Cette philosophie trouve également sa concrétisation dans l’actionnariat salarié : plus d’un salarié sur deux est actionnaire du Groupe, et 74% du capital est détenu par son management et ses équipes - un véritable marqueur de la politique de Stef.

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