Ces coins de France où la logistique cartonne
Tout le monde ne déteste pas la logistique… Certains territoires ont même mis en place des pratiques suffisamment inspirantes en la matière, pour que la direction générale des entreprises (DGE) les répertorie dans un document disponible depuis quelques jours. Plus généralement, qu’est-ce qui fait le succès logistique d’un territoire ? Analyse.
Comment reconnaît-on un territoire qui aime la logistique ? « La première chose à observer est le taux d’emploi en logistique d’une région », répond Yannick Buisson, vice-président de l’Union TLF. Avec ce critère, la région des Haut-de-France se place en tête du peloton, avec, selon l’Insee, plus de 100 000 salariés travaillant dans la logistique, soit près de 8 % de l’emploi régional. Suivie par la Normandie, avec 7,5 % et le Centre Val de Loire avec 7,2 %. « Ce chiffre contient une autre réalité : 1 emploi en logistique génère 1,5 emploi indirect, complète Yannick Buisson. Un autre signal à retenir selon le vice-président de l’Union TLF est « la dynamique logistique, mesurée en nombre de nouveaux projets, de reconversions, de créations de parcs d’activité, et aussi par rapport au niveau de la demande placée en immobilier logistique ».
Des pratiques territoriales inspirantes
La Direction Générale des Entreprises (DGE), qui conçoit et met en œuvre les politiques publiques qui concourent au développement des entreprises, a ainsi répertorié une douzaine de pratiques territoriales inspirantes en termes de logistique. « De façon schématique, on retrouve souvent quatre ingrédients principaux : la gouvernance, à travers des partenariats public-privé, la gestion du foncier, la décarbonation et l’innovation », liste Guillaume Decorzent, sous-directeur des services marchands à la DGE. Mais à chaque territoire sa recette, en fonction de ses atouts et des défis qu’il rencontre : un projet essentiel en Martinique est la numérisation des chaines logistiques, en lien avec les autres acteurs de la zone Caraïbes ; sur des zones comme les Hauts-de-France, l’axe Seine-Normandie ou le Grand Paris, la gestion du foncier est une priorité ; autour du port de Marseille ou à Toulouse, plusieurs initiatives de soutien à l’innovation sont en place, derrière les "locomotives" que peuvent être certains grands groupes ». Une quarantaine d’exemples, issus de tout le territoire métropolitain et ultramarin, sont ainsi répertoriés dans le document.
Un rééquilibrage est possible
Si on peut reconnaître qu’il y a une prédisposition naturelle de certains territoires à être des terres d’accueil pour les activités logistiques, du fait de leur positionnement géographique ou de leur topologie, il est raisonnable de penser que chaque région a les capacités d’ l’implantation d’entrepôts. « Dans une étude menée avec le support de l’IGN (Institut national de l’information géographique et forestière), nous avons cherché à quantifier les gisements de foncier pertinent pour développer de l’immobilier logistique sur deux départements test : la Somme et l’Yonne, annonce Guillaume Decorzent. Nous avons retenu 4 critères, exigeants mais réalistes, pour identifier ce gisement. Nous avons cherché des zones déjà artificialisées, à moins de 10 ou 15 minutes d’un axe routier important, et suffisamment éloignées de zones résidentielles et d’espaces naturels sensibles, par exemple les zones Natura 2000 ». Ce travail a permis d’identifier 40 à 70 hectares (selon le niveau d’exigence sur les critères) respectant ces 4 critères sur les départements de la Somme et l’Yonne ; cela correspond à plusieurs dizaines d’années de « consommation foncière moyenne » par les activités logistiques sur ces départements.
Mais les acteurs de l’immobilier logistique le savent : trouver du foncier disponible, même si ce paramètre est indispensable, n’est pas suffisant. Une véritable volonté politique laissant la place aux activités industrielles et logistiques est essentielle. « Au-delà de la logistique, les territoires doivent penser en termes d’écosystèmes, rappelle Yannick Buisson. L’industrie n’existe pas sans logistique et réciproquement. Les responsables politiques doivent donc adopter des logiques de filière, prenant en compte tous les besoins, dont la logistique, qui a besoin de foncier et de compétences ».
Une volonté politique
Bien que la logistique soit considérée comme un objet politique majeur, elle fait pourtant rarement partie des programmes de campagne électorale en tant que telle. Pour autant, certaines villes, par le prisme de la logistique urbaine, donnent plus que d’autres les preuves de leur réflexion sur ces sujets. Souvent citée en exemple, la ville de Nantes a mis en place depuis 2022 un « pacte pour une logistique urbaine durable et résiliente ». « C’est une des villes les plus développées en termes de cyclologistique par exemple, constate Yolaine Urvoy, directrice de l’association loi 1901 Les Boîtes à Vélo, qui réunit les professionnels qui ont fait le choix du vélo pour transporter des marchandises, dans plusieurs villes de France. Elle est également la seule collectivité à être adhérente de notre association ». Comme d’autres, elle a adopté le programme Interlud, le programme CEE (Certificat à économie d’énergie), qui vise à développer la logistique urbaine durable, en accompagnant les territoires dans des démarches concertées avec les acteurs économiques, pour prendre en compte la logistique dans les documents de planification et dans la conception de projets d’aménagement.
Les exemples de politique concertée permettant d’accueillir dans les meilleures conditions possibles les activités de transport de marchandises existent donc… et pourraient être des sources d’inspiration pour de nombreux territoires.




