Dans les coulisses logistiques des pharmacies, des acteurs qui soignent leur modèle économique
Les grossistes-répartiteurs représentent un des maillons essentiels de la chaîne de santé en France. Si leur métier est bien la logistique, les obligations auxquelles ils sont soumis ainsi qu’une rémunération fixée par arrêté ministériel, leur confèrent toutefois une place à part dans le monde de la supply chain.
« Notre marge est réglementée », rappelle Jérôme Ibar, Directeur Technique du grossiste-répartiteur pharmaceutique français CERP, issu de la fusion en 2024 de CERP Rhin-Rhône-Méditerranée et CERP Rouen. Outre cette marge sur laquelle ils n’ont pas la main, ces logisticiens du médicament sont soumis à des obligations légales strictes : « Chacun de nos établissements pharmaceutiques doit référencer au moins 9/10e des présentations de spécialités pharmaceutiques effectivement commercialisées en France et disposer d’un stock garantissant deux semaines d’approvisionnement de sa clientèle habituelle, détaille Jérôme Ibar. Nous avons également pour obligation de livrer les officines sous 24 heures après leur commande et assurer un service d’astreinte les week-ends, les jours fériés et dans les situations d’urgence sanitaire ». 71 % des 2 milliards de médicaments livrés aux pharmacies le sont par les grossistes-répartiteurs.
56 établissements, de 1 500 à 15 000 m², sur toute la France
CERP travaille quotidiennement avec 11 300 des 20 000 pharmacies que compte le territoire français, Métropole et DROM-COM compris. Chaque jour, le grossiste effectue deux livraisons, depuis ses 56 établissements pharmaceutiques et de stockage, répartis sur l’ensemble du pays et représentant 280 000 m². « Ils peuvent mesurer de 1 500 à 15 000 m² selon la ville et la région où ils se situent, précise le Directeur Technique. « Afin de compléter le service quotidien de nos établissements de proximité, ceux-ci s’appuient sur une logistique quotidienne au départ de nos 6 établissements régionaux qui les livrent chaque nuit ».
Électrification progressive de la flotte de véhicules
Entre marge faible et obligations légales, le modèle économique des grossistes-répartiteurs repose donc essentiellement sur l’efficacité de sa logistique : rapidité de la livraison et disponibilité produits. Tous les jours, les établissements CERP reçoivent les médicaments des laboratoires pharmaceutiques contenus dans des cartons. « Nous ouvrons chaque carton et enregistrons les boîtes de médicaments, avec leur numéro de lot et leur date de péremption ». Elles sont ensuite mises en stock, jusqu’à ce que les officines en fassent la demande. Les commandes sont préparées par des opérateurs qui placent les boîtes dans des caisses en plastique, qui seront ensuite chargées dans les camions, conduits par des chauffeurs-livreurs, salariés de l’entreprise. « Entre 10 et 100 tournées sont ainsi organisées chaque jour selon la taille de l’établissement. Une tournée peut représenter jusqu’à 300 kilomètres, selon le territoire de répartition déclaré ». Pour respecter les délais imposés (en moyenne, les répartiteurs livrent les officines en deux heures), plus il y a d’officines à livrer sur une zone et moins il y aura de kilomètres à parcourir, permettant, par ailleurs, la mise en circulation de véhicules électriques. « D’ici à 2032, la moitié de notre flotte aura été électrifiée, annonce le Directeur Technique. Mais un véhicule électrique peut coûter jusqu’à deux fois plus cher qu’un véhicule thermique et les coûts de génie civil et d’installation des bornes de recharge se comptent en plusieurs millions d’euros ! ». La CSRP (Chambre Syndicale de la Répartition Pharmaceutique) évalue ainsi dans sa dernière publication à 100 millions d’euros l’effort financier des grossistes-répartiteurs pour le verdissement de leurs flottes.
Un marché qui ne cesse de se concentrer
Malgré un chiffre d’affaires en 2024 de 8,1 milliards d’euros, Jérôme Ibar rappelle en effet que l’équilibre de CERP, comme de tous les autres grossistes-répartiteurs, reste fragile. « C’est pour cette raison que nous voyons le marché se concentrer depuis plus de 10 ans. Le rapprochement que nous avons opéré l’année dernière entre CERP Rouen et CERP Rhin-Rhône-Méditerranée, nous permet de poursuivre les investissements nécessaires à une logistique efficace, plus vertueuse en termes d’émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de garantir une fiabilité et une traçabilité à 100 % des produits que nous transportons ».
Des médicaments thermo-sensibles
CERP utilise par exemple depuis plusieurs années des puces RFID afin de tracer les bacs contenant des médicaments thermosensibles « Vaccins, hormones, traitements contre le cancer… Le volume de ces produits, qui nécessitent une conservation entre 2 et 8°c, est en constante évolution depuis plusieurs années, constate Jérôme Ibar. Nous évaluons à 30 % la hausse depuis 10 ans et ils représentent aujourd’hui 5 à 7 % de notre activité. Pour nous, cela suppose de plus grandes chambres froides, jusqu’à 150 m² dans certains de nos établissements, et plus de contenants isothermes pour transporter ces médicaments, etc. Cela représentera donc un coût supplémentaire. ».
Entre marges réglementées, investissements et et verdissement des transports, les décisions prises tous les ans lors du Projet de Loi de Finances Sécurité Sociale (PLFSS) sont donc critiques pour un secteur déjà sous tension.




