La logistique, menace ou soutien pour le commerce de proximité ?

27 avr. 2026
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Pour les connaisseurs, la question peut paraître absurde. Mais encore aujourd’hui, la logistique fait face à des idées reçues qu’il est difficile d’effacer de la tête des élus et du grand public. Parmi elles, la logistique ne concernerait que le e-commerce et elle serait donc une menace pour le commerce de proximité. On vous aide à démontrer que la logistique est essentielle aux commerces, et surtout aux villes.

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« Nous ne voulons pas d’entrepôt dans la commune, cela ferait disparaître nos commerces de proximité ». Combien de fois des porteurs de projets en immobilier logistique ont entendu cet argument ? Bien qu’erroné, cet a priori ne vient pour autant pas de nulle part : « Depuis plusieurs décennies, les commerces sont fragilisés dans les centres-villes et sont nombreux à disparaitre constate Emmanuel Le Roch, corapporteur du Conseil National du Commerce (CNC) sur la vacance commerciale. Mais nous avons pu voir une accélération de cette tendance depuis la crise du Covid en 2020. Les locaux de commerce durablement vides sont désormais de 11,6 % en moyenne en France, contre moins de 10 % avant la pandémie ». Les changements des modes de consommation, l’installation des centres commerciaux en périphérie et le développement du e-commerce sont les raisons les plus souvent évoquées pour expliquer cette tendance baissière dans le temps long. Mais aujourd’hui d’autres mouvements interviennent dont il faut tenir compte « On peut en effet constater que nous consommons de moins en moins de biens marchands : entre 2000 et 2024 leur part est passée de 46,2 à 37,4 % du panier du consommateur, quand la part des dépenses consacrées aux services est passée de 29,1 à 34,8 %, chiffre Emmanuel Le Roch. Dans le même temps, le e-commerce continue de progresser même s’il ne représente que 15 % de la consommation, mais avec des pics dans certains secteurs d’activité de 25 % ».

Le e-commerce ne représente que 20 % des flux logistiques en ville !

Reste que l’opposition entre activités logistiques et commerces de proximité n’a pas de sens : sans logistique, les magasins ne pourraient en effet pas remplir leurs rayons. « Et un magasin non approvisionné est autant en danger qu’un magasin qui n’a pas de clients », résume Emmanuel Le Roch. Il rappelle également que la logistique en centre-ville n’est pas uniquement le fait du e-commerce. « La vente en ligne ne concerne que 20 % en moyenne des flux en ville, confirme Loïc Chavaroche, co-président de la commission Logistique Urbaine de l’Union TLF. Elle alimente aussi l’activité des commerces notamment par le biais des points relais. Par ailleurs, il est important de rappeler que la logistique et le transport ne sont que des outils, qui répondent à des besoins. Ils sont également des outils de dynamisation des territoires et des villes ». Pour les acteurs du secteur, il est essentiel que les élus comprennent les enjeux dans leur globalité. « Par exemple, celui qui pense limiter la pollution ou l’engorgement dans sa ville en interdisant les camions, ne se rend pas forcément compte qu’il faudra les remplacer par 40 fois plus de vélos-cargos ! », rappelle Julien Darthout, délégué général du Club Déméter.

Au-delà de l’approvisionnement des commerces

Ce que la logistique apporte à une ville va néanmoins au-delà du seul approvisionnement en produits. Pour Rémi Goléger, associé fondateur de l’opérateur immobilier Corsalis, « les opérateurs de logistique proposent des services complémentaires qui permettent aux commerces de développer de nouvelles offres à proposer à leurs clients et de maintenir leur niveau d’activité : la livraison à domicile, pour résister à la concurrence des e-commerçants par exemple, elle assure également, la reprise des déchets et emballages pour répondre à la loi Agec, et ils peuvent aussi gérer des espaces de réserves déportées pour leur compte, au départ desquelles la préparation de commande et la livraison du client final peuvent être opérées, leur permettant de réallouer les surfaces libérées à de la surface de vente ». L’immobilier logistique, et notamment des Espaces de Logistique Urbaine réglementairement solides et conçus pour être exploités de manière efficace et sans nuisance pour la ville, est donc également un point fondamental pour accompagner les commerces. Comme le dit Afilog en introduction de la dernière édition de son Livre Blanc dédié à l’immobilier productif et logistique en milieu urbain, « nos métropoles contemporaines se sont longtemps construites sur une illusion : celle d’une ville qui pourrait se passer de ses coulisses (…). Les activités logistiques, artisanales et productives ont été repoussées vers la périphérie, comme si elles représentaient une part à cacher de la vie urbaine ». Or, une ville capable de produire, de stocker, de distribuer sur place est une ville plus robuste face aux crises climatiques et géopolitiques. L’association propose ainsi notamment de faire des bâtiments logistiques et productifs de véritables alliés de la vie des quartiers et de mettre en œuvre la sobriété foncière, tout en demandant que la place de ces activités soit pérenniser et que le cadre réglementaire soit adapté à l’innovation.

Un référent logistique dans chaque commune

Le point d’achoppement majeur semble demeurer le niveau d’acceptabilité de ces activités. Les acteurs multiplient pourtant les innovations, tant sur le transport que sur l’immobilier : des motorisations plus douces et plus écologiques, des organisations plus efficaces et moins impactantes, des opérateurs formés à la sécurité en centre-ville, un immobilier mieux intégré… « La clé reste donc la concertation. Entre élus, professionnels, commerces et riverains, assure Rémi Goléger. Une dynamique est née durant les Jeux Olympiques, montrant que ce dialogue est possible et que les acteurs de la filière sont prêts à faire évoluer leurs modèles autour de solutions robustes et pérennes ». Pour tous, le signe que les villes ont pris en compte la logistique est le fait qu’une fonction de référent logistique, ou référent transport de marchandises existe. « Cette fonction apparaît dans de plus en plus de villes aujourd’hui, constate Julien Darthout. Et on peut voir que cela fonctionne, que tout le monde y gagne ».

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