Les barges fluviales : des entrepôts urbains flottants ?

23 févr. 2026
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Les villes se sont construites autour des fleuves. Pour l’accès à l’eau, bien sûr, mais aussi pour le commerce, le transport, les déplacements de personnes... Et pourtant, cette fonction historique des fleuves semble s’être perdue au fil du temps. Face aux problématiques de saturation du trafic et de pollution dans les centres-villes, il tente de faire son retour avec des entrepôts flottants et mobiles, des ports urbains et des pontons publics. Entretien avec David Berthet, responsable du développement et exploitation Lyon de Fludis.

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Comment et pourquoi est né Fludis ?

Le fondateur de Fludis, Gilles Manuelle, avait créé en 2001 une société, La Petite Reine, spécialisée dans la livraison en vélos-cargo. La problématique alors rencontrée est qu’un vélo n’a un périmètre d’action que de 3 kilomètres maximum. Il fallait alors des lieux de stockage nombreux et bien répartis pour livrer toute une ville comme Paris. Or, ces espaces sont rares. Il s’est alors penchée sur une autre solution complémentaire : le transport fluvial, qui permet de couvrir plus de distance, avec les vélos-cargos chargés à bord. Il crée alors la société Fludis en 2019. Les marchandises sont amenées en amont par camion, à l’extérieur de la ville. Le bateau est autonome pour le chargement puisqu’il est équipé de grues. La préparation de commandes se fait ensuite à bord, le chargement des vélos également. Le système évite les ruptures de charge multiples qui compliquent les livraisons urbaines traditionnelles. Six bateaux sont aujourd’hui en activité à Paris, un à Lyon et un autre est en cours de construction. Chacun d’entre eux mesure entre 200 et 1 750 m², et permettent de traiter entre 1 000 et 7 000 colis par jour, avec des délais annoncés plus facilement respectés, puisque le fleuve présente moins d’aléas de circulation que la route.

L’année dernière, le groupe Sogestran et Ademe Investissement sont devenus associés minoritaires, rejoignant la Banque des Territoires et Idec Groupe.

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Quelles sont les contraintes à lever pour adopter un mode de transport fluvial ?

Certes, nous contournons la problématique de la rareté du foncier en installant des Espaces de Logistique Urbaine Mobile (ELUM), autrement dit des entrepôts flottants, mais nous nous retrouvons parfois avec un conflit d’usages sur les quais. En effet, les métropoles ont décidé il y a quelques années de redonner vie à leur fleuve, et entre croisières, loisirs aquatiques, baignades, et les péniches aménagées en habitat, il est indispensable de maintenir des quais dédiés à la logistique ou avec une mixité des usages dans nos villes.

Pour les entreprises, le modèle économique de ces solutions est évidemment un enjeu. Nous travaillons à des modèles pérennes et adaptés à chaque situation pour que ces nouvelles organisations apportent un gain de productivité aux entreprises.

On parle d’un mode de transport décarboné, pourtant les bateaux et barges peuvent polluer eux aussi… Quelles sont les innovations mises en place pour réduire son empreinte ?

Nos bateaux les plus récents sont à propulsion électrique ou équivalent à des normes euro 6, donc avec des émissions nulles ou faibles pour la navigation dans les villes. Le combo massification et décarbonation apporte une réelle plus-value à la logistique urbaine. La voile pourrait également être une solution envisageable mais pour de plus grandes distances.

Que faudrait-il pour que le fleuve redevienne un véritable outil de transport de marchandises ?

Cela ne fait que 10 ans, avec la prise de conscience du dérèglement climatique et une volonté de décongestionner les villes, que ce mode de transport a de nouveau intéressé les politiques publiques. Nous devons aujourd’hui travailler avec toutes les parties prenantes, publiques et privées, pour définir une stratégie long terme de développement de l’usage de nos fleuves et en particulier dans nos villes, puisqu’il s’agit des seuls axes de transport non saturés. Par exemple, la volonté de supprimer les ZFE, alors que beaucoup d’acteurs ont investi dans de nouveaux véhicules ou de nouvelles organisations n’est pas un bon signal envoyé aux entreprises.

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