Stock : vers l’entrepôt et au-delà
L’exposition Stock, organisée par le Pavillon de l’Arsenal se tient jusqu’au 28 juin à La Poste Rodier, ancien centre de tri postal. Au-delà de l’évolution de l’architecture du stock au fil des siècles, la scénographie de cette exposition encourage à s’intéresser aussi notre la vision du monde et de la société qu’elle sous-tend.
« Votre manière de stocker parle moins des objets que de votre manière de vous sécuriser face au temps, au manque, à l’imprévu, ou au trop-plein ». Cette phrase, que l’on peut lire en visitant l’exposition « Stock, architectures de survie et de transmission » invite à l’introspection : suis-je un collectionneur qui accumule, un bricoleur qui envisage l’utilisation (et l’utilité supposée) de chaque objet, ou un survivaliste, inquiet de ce qui pourrait manquer demain ? L’entrepôt peut ainsi être vu comme un reflet de nos personnalités, à l’échelle individuelle d’une part, mais aussi collective.
Organisée par le Pavillon de l’Arsenal et installée jusqu’au 28 juin à La Poste Rodier, l’exposition Stock est conçue pour provoquer « la prise de conscience de la nécessité du stock, explique Julie Herpin, médiatrice du Pavillon de l’Arsenal, qui guide les visiteurs dans cet ancien centre de tri postal, dont la transformation en logements devrait démarrer en octobre de cette année. L’exposition se découpe en trois parties : un état des lieux des bâtiments de stockage, l’évolution à travers les âges, et enfin des vidéos d’interviews pour offrir des pistes de réflexion sur le stock ». Au fil des allées où l’on découvre 18 types d’architecture du stock incarnées par des maquettes, toutes à la même échelle, permettant de visualiser son évolution, le visiteur se questionne sur sa manière d’habiter, sur sa façon de consommer et donc sur son pouvoir d’activer la logistique, et de révéler la spécificité des relations qu’entretiennent aujourd’hui les stocks et les flux.
Aux origines du stock, il y avait la survie
À ses débuts, le stock avait pour fonction d’assurer la survie et était donc dédié aux denrées alimentaires, mais aussi aux matières premières, aux documents, voire aux objets susceptibles d’être transmis ou échangés. L’entrepôt était au cœur des villages, au milieu des habitations et était un lieu de partage, avec une architecture adaptée aux contraintes climatiques et en harmonie avec son environnement. Pendant un temps, il a gardé son importance avec des bâtiments souvent placés à proximité des lieux représentants du pouvoir. Avec l’avènement du chemin de fer, le stock s’est éloigné des centres-villes mais a gardé une visibilité et une capacité de réassurance pour faire face à d’éventuelles pénuries. Ces vingt dernières années marquent néanmoins un tournant : le stock s’est étendu dans des proportions considérables mais il ne sert plus à la survie et à la transmission.
« Nous assistons à l’expansion massive de bâtiments gigantesques dont la seule fonction est de stocker, explique Paul Landauer, commissaire de l’exposition et enseignant à l’École nationale supérieure d’architecture Paris-Est. Il s’agit des entrepôts de logistiques, des data centers et des centres de self-stockage. Ramené au nombre de vivants sur la terre, le stock cumulé des denrées, des données et des objets qu’ils contiennent n’a jamais été aussi important dans l’histoire de l’humanité. De 100 à 200 objets stockés par une personne dans les années 1990, on est passé à près de 3 000 objets aujourd’hui. Nous nous sommes éloignés du geste primordial qui consiste à mettre de côté ce que nous avons savamment et patiemment sélectionné pour préparer l’avenir. ». Dans le même temps, « nous avons privilégié ces dernières années le flux au stock, constate Jonathan Sebbane, directeur général de Sogaris, mécène de l’exposition avec La Mairie de Paris, la Métropole du Grand Paris et La Poste Immobilier. Cela pose la problématique de la souveraineté comme on a pu le voir durant la crise du Covid en 2020. Or la doctrine de la souveraineté productive est conditionnée par notre capacité à stocker ».
Un retour du besoin de stocker
L’exposition interroge ainsi le délaissement et l’effacement relativement récent du stockage dans le paysage des villes. « Cette mise de côté assez notable est d’autant plus surprenante que le besoin de stockage dans toutes ses dimensions demeure un enjeu majeur, ajoute Paul Landauer. La grande complexité et l’aspect stratégique de la logistique de l’approvisionnement et du stockage dans nos villes est pourtant indéniablement une question technique, sociale, écologique et architecturale d’actualité. Dans un contexte menacé par l’instabilité géopolitique et le souci grandissant de réduire notre empreinte carbone, il convient de sortir du principe de flux tendu et de privilégier, comme cela a été le cas jusqu’à une période récente, à la constitution de provisions ». Plaidoyer pour ré-architecturer le stock, l’exposition encourage par ailleurs la mise en réserve des matériaux déjà extraits, pour les transformer, plutôt que d’en produire chaque jour à nouveau. « Mais le réemploi exige une logistique de stock et non de flux ! », commente Simon Givelet, architecte qui témoigne dans une des présentations vidéos installées en fin de visite.
Afin d’encourager le plus grand nombre à s’intéresser à ces enjeux de stockage, le Pavillon de l'Arsenal développe en marge de l’exposition de nouveaux supports de médiation en accès libre (une carte-jeu, un quiz et également un ouvrage rédigé par le commissaire de l’exposition) permettant de découvrir le sujet de manière autonome et ludique.
« Stock, architectures de survie et de transmission » se tient jusqu’au 28 juin à La Poste Rodier, 30-32 rue Louise-Émilie de la Tour d’Auvergne, dans le 9e arrondissement de Paris.




