Émilie Brot, directrice générale du Parc Industriel de la Plaine de l’Ain : « Il est parfois difficile de faire comprendre les qualités de la logistique »

27 avr. 2026
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La Parc Industriel de la Plaine de l’Ain (PIPA) est né de la vision d’une trentaine d’élus dans les années 60. Entre planification et réactions aux contextes historiques, le PIPA s’est construit sur une ambition et accueille aujourd’hui presque 200 entreprises et représentent 8 000 emplois, dont plus de 3 500 dans le secteur de la logistique pure. Entretien avec Émilie Brot, directrice générale du Parc depuis 2022.

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Pensé dans les années 1960 mais réellement créé dans les années 1970, le PIPA est aujourd’hui un acteur majeur de l’économie de la région Rhône-Alpes. Quelles ont été les différentes étapes de sa construction ?

Émilie Brot : Trois faits historiques ont été à l’origine de la construction du Parc Industriel de la Plaine de l’Ain. Dans les années 1960, la France enregistrait un essor démographique inédit et l’État s’inquiétait alors que l’ensemble des populations se concentrent uniquement dans les grandes villes. Il a alors réfléchi à la création de villes nouvelles, en dehors des grandes agglomérations. L’heure est à l’organisation du développement et à la planification. Or, les élus des communes de la Plaine de l’Ain s’opposent vivement à ce projet, considérant que le meilleur aménagement rural est à l’époque de développer des pôles à taille humaine.

Dans le même temps, la centrale nucléaire du Bugey, situé à Saint-Vulbas, était construite. Pour les élus des communes environnantes, si cette installation était une bonne nouvelle, il fallait aussi en anticiper la fin et donc ne pas porter tous les investissements sur ce seul type d’industrie. Il fallait une diversification des activités..

Enfin, la catastrophe de la raffinerie de Feyzin, survenue en 1966, a fini de convaincre les décideurs publics de la mise en place d’une zone industrielle, capable d’accueillir des activités chimiques et pétrochimiques et suffisamment loin de la grande ville. A 30 km de Lyon et 25 km du futur aéroport « Satolas », le site du PIPA, à proximité d’une toute nouvelle centrale nucléaire, parait tout indiqué : proximité des pipelines, liaisons SNCF, futures grandes voies autoroutières.

En 1974, la ZAC était créée et en 1976, le syndicat mixte pour la gérer voyait le jour.

Aujourd’hui, que représente la logistique pour le PIPA ?

É.B. : Sur les 188 entreprises présentes sur le Pipa, 73 relèvent du secteur de l’industrie et 27 de la logistique. Pourtant, l’emploi généré par ces deux activités est d’un niveau comparable : l’industrie regroupe 3 722 salariés tandis que la logistique en compte 3 554. Rapporté au nombre d’établissements, le différentiel est significatif. L’industrie représente en moyenne 51 emplois par entreprise, contre 132 pour la logistique. Autrement dit, sur le PIPA, la logistique présente un ratio d’emplois par établissement particulièrement élevé, contrairement à certaines perceptions encore répandues. Cette réalité reste néanmoins difficile à faire reconnaître dans les politiques de développement économique. Elle doit pourtant être appréciée à l’aune du rôle structurant de la logistique pour les entreprises industrielles déjà présentes sur le parc, qui en dépendent directement pour leurs flux et leur compétitivité. Malgré cela, le PIPA n’accueille plus de nouvelles entreprises logistiques « exogènes » depuis quelques années, notamment en raison de l’image parfois dégradée dont souffre encore ce secteur.

Amandine Minand Photographe 34 3
Emilie Brot, Directrice générale du Pipa". Crédit photo : Amandine Minand

Comment décidez-vous d’accueillir ou non une entreprise ?

É.B. : Tout est question d’équilibre. Depuis les débuts du PIPA, nous cherchons une mixité des activités, des emplois et des compétences liées. Nos revenus proviennent de la vente du foncier du parc, 1 000 hectares, qui nous permettent de gérer les infrastructures, les routes, l’eau, l’assainissement, l’éclairage, l’entretien des espaces verts, l’animation économique et même, une voie ferrée ! Après 50 ans d’existence, il nous reste 160 hectares à commercialiser, et nous continuons à essayer de trouver cet équilibre entre un rythme de commercialisation « maîtrisé » et les différents secteurs que nous accueillons.

Si nous n’acceptons plus de nouvelles entreprises de logistique dites « exogènes » actuellement, nous continuons d’accompagner celles déjà présentes, comme INTERSPORT ou encore le groupe SPI, qui a inauguré en 2025 un site dernière génération sur le PIPA, pour gérer la logistique de certains produits de Nestlé. Certifiée BREEAM « Excellent », la plateforme est dotée de dispositifs de pointe permettant d’accroître son efficacité énergétique en limitant au maximum l’empreinte écologique de l’activité (diffuseur d’air de dernière génération et une centrale solaire couplée à des batteries qui permettent d’offrir 70% d’autoconsommation d’énergie), une politique RH exemplaire… Ce sont d’excellentes vitrines pour convaincre ceux qui seraient réticents à voir venir de la logistique sur leur territoire.

Quelles sont les autres démarches que vous engagez pour que leur regard change sur la logistique ?

É.B. : Pour lutter contre les aprioris, il est fondamental d’objectiver les choses et de les chiffrer : le nombre d’emplois créés, la typologie de ces emplois et leur niveau de qualification, l’esthétique du bâti, l’intégration paysagère du site, sa modernité, son impact mesuré sur l’environnement, son niveau d’automatisation, l’investissement etc. Le bail à construction (voir l’article que nous avons publié à ce sujet dans Plateformes Magazine, ndlr), qui permet aux territoires de garder la maîtrise du foncier, pourrait également être une solution sur ces projets. Nous sommes en tout cas en réflexion sur ce sujet.

À propos de ressources humaines, comment faites-vous venir les compétences nécessaires à l’activité des entreprises du Parc ?

É.B. : Tout commence avec les étudiants. Ces derniers ont en effet tendance à commencer à travailler là où ils ont étudié. Beaucoup suivent leur formation à Lyon ou à Bourg-en-Bresse. Nous avons donc œuvré, avec le Club des Entreprises du Pipa, à l’ouverture de filières plus appliquées aux besoins de nos entreprises au sein d’es écoles présentes sur notre territoire. Par exemple, en 2020, trois diplômes ont été créés : CAP opérateur logistique, Bac Pro Logistique et Bac Pro Transport de marchandises. Nous avons également un sujet sur les métiers de la maintenance, dont toutes les entreprises ont besoin, notamment avec le développement de l’automatisation. Un BTS devrait d’ailleurs voir le jour cette année. Mais tout cela est long à mettre en place...

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