Dan Lert, Adjoint au Maire de Paris : « Nous avons la chance d’avoir une équipe dédiée à la logistique urbaine »

23 Oct 2026
Reading time : 3 minutes

D’abord élu en 2014 dans le 19ème arrondissement, Dan Lert est devenu en 2020 adjoint à la Maire de Paris en charge de la transition écologique, du Plan climat, de l’eau et de l’énergie. Depuis mars 2026, il est adjoint au Maire, en charge des transports, des mobilités, du Plan Piéton, du Plan Vélo... et de la logistique urbaine. Nouveauté de ces dernières Municipales puisque jusqu’à présent, la logistique urbaine n’apparaissait pas clairement dans les délégations d’un adjoint au Maire de Paris. Entretien avec ce nouveau référent.

DanLertOfficiel

Depuis quand y a t il un référent logistique urbaine à Paris ?

C'est la première fois que la logistique urbaine apparaît clairement dans les délégations d'un adjoint au Maire de Paris, même si ce sujet était déjà suivi sérieusement par mes prédécesseurs et depuis 2006. A Paris, nous avons la chance d’avoir une équipe dédiée à cette thématique dans les services. Cela est le fruit d’un volontarisme politique lors des dernières mandatures, les élu.es ayant souhaité accorder de réels moyens à cette question.

Quel est le rôle de ce référent ?

La logistique urbaine est un sujet complexe qui évolue très rapidement. Par exemple, on voit ces dernières années une explosion des petits colis importés depuis les plateformes d’ultra fast fashion. Il faut donc arriver à intégrer des sujets très récents, avec des enjeux qui sortent du simple secteur des mobilités (conditions de travail, etc.). C'est aussi un sujet de souveraineté : la Ville doit pouvoir réguler et orienter le secteur de la logistique urbaine pour défendre les intérêts collectifs.

Une bonne stratégie de logistique urbaine est d'abord une stratégie résiliente : elle doit garantir l'approvisionnement du territoire en toutes circonstances, qu'il s'agisse de l'alimentation, des matériaux, des médicaments ou des colis. Mais elle doit aussi être durable et maîtrisée : assurer l'efficacité des flux tout en réduisant leurs impacts négatifs sur la ville. Cela signifie diminuer les émissions de gaz à effet de serre, la pollution de l'air, les nuisances sonores, les risques d'accidents. Enfin, une bonne stratégie doit être socialement responsable.

La transition de la logistique urbaine ne peut pas se faire au prix d'une dégradation des conditions de travail. Les collectivités doivent accompagner la transformation du secteur en luttant contre les phénomènes d' « ubérisation » et d’hyper-financiarisation qui fragilisent les travailleurs et rendent les chaînes logistiques plus vulnérables.

Quel intérêt les territoires ont-ils à élaborer une stratégie de logistique urbaine ?

Vous savez, la Ville de Paris n’a que 5 à 7 jours d’autonomie alimentaire en cas de blocage ou de crise majeure. Donc la logistique urbaine, pour les territoires et notamment les grandes villes comme Paris, c’est une nécessité. Après, il faut que les territoires puissent maîtriser les flux logistiques qui sont aujourd’hui de plus en plus nombreux. Les livraisons de marchandises et de colis ont fortement augmenté avec l'essor du e-commerce, accéléré par la crise du Covid. Aujourd'hui, les territoires doivent pouvoir anticiper et organiser ces flux pour éviter qu'ils ne subissent une croissance non maîtrisée des livraisons.

Mais la logistique urbaine n'est pas seulement une question de transport de marchandises. Elle est un levier de résilience, de justice sociale, de transition écologique et de souveraineté locale. L'enjeu pour les collectivités est de reprendre la main sur ces flux afin qu'ils restent au service de la ville et de ses habitants. Le transport de marchandises représente une part importante des émissions du secteur des transports et génèrent de la pollution de l’air. Une stratégie de logistique urbaine permet d'agir concrètement sur ces impacts en les limitant.

D’autre part, les collectivités ne peuvent pas laisser l'organisation des flux uniquement aux grands opérateurs privés. Elles doivent conserver une capacité d'orientation et de régulation pour que les intérêts collectifs — qualité de vie, climat, sécurité, emploi — soient pris en compte. À Paris, cette volonté de garder la main sur une partie des infrastructures logistiques se traduit notamment par le rôle de la société d'économie mixte Sogaris.

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

En tant que collectivités, nous n’avons pas beaucoup de prérogatives pour agir sur le sujet de la logistique urbaine. C’est la difficulté principale que nous rencontrons. Pour agir en faveur d’une logistique urbaine plus durable, on a donc besoin de travailler de manière concertée avec l’ensemble des acteurs qui sont présents sur le territoire. C’est d’ailleurs la force de notre stratégie logistique à Paris : elle a été largement concertée (plus de 300 acteurs rencontrés). Nous avons également une gouvernance vivante, via des moments de rencontre réguliers entre le monde professionnel, les élus et les services en charge. Le prochain comité des partenaires sera réuni à l’automne. L’actualisation de la stratégie logistique de la Ville sera présentée à cette occasion.

Est-ce que le foncier (sa disponibilité, sa destination, sa durabilité...) fait partie de vos préoccupations récurrentes ?

Le foncier logistique est l'un des axes majeurs de notre stratégie logistique. Nous avons à Paris un outil très fort qui est la Sogaris, société privée à capitaux publics (Ville de Paris est actionnaire à 41,3 %, la Caisse des Dépôts à 27,3 %, le département des Hauts-de-Seine à 14,59 %, le reste de l’actionnariat étant répartie entre les département de la Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne et la Métropole du Grand Paris, ndlr) : l'immobilier logistique est de plus en plus contrôlé par des investisseurs internationaux. Il faut donc que nous préservions cet outil public, qui garantit le pilotage, dans l’intérêt général, de sites stratégiques.

 

Read also

Visitez aussi