La logistique, pilier de croissance des Mousquetaires
En gérant à la fois la production, les murs où sont stockés les produits et leur acheminement en rayons, le groupe qui chapeaute les enseignes Intermarché, Bricomarché, Bricorama ou encore Netto a misé pour une approche verticale de sa chaine d’approvisionnement. Une logique qui permet des économies d’échelle mais qui repose en grande partie sur une logistique de pointe.
2023 fut une grande année pour Les Mousquetaires, et pas seulement parce qu’elle a coïncidé avec la sortie sur grand écran de l’adaptation en deux parties du roman d’Alexandre Dumas, dont le deuxième volet s’est d’ailleurs classé à la deuxième place du box-office français en janvier dernier. Pour le groupement éponyme, qui englobe les enseignes Intermarché, Netto, Bricorama ou encore Roady – liste non exhaustive -, les chiffres du dernier exercice en date sont également synonymes de succès. Le groupe, qui en outre est en pleine phase d’intégration à son réseau de grandes et moyennes surfaces historiquement siglées Casino, peut s’enorgueillir d’une hausse de 10% de son chiffre d’affaires (hors carburant) sur l’année civile écoulée.
« Ces résultats globaux ne peuvent pas être décorrélés de notre stratégie à long terme en matière de logistique et de supply chain », indique Pierre-Yves Escarpit, directeur général d’ITM LAI (Intermarché Les Mousquetaires Logistique Alimentaire International), entité qui emploie plus de 8 000 salariés en France et qui a la charge d’acheminer des articles alimentaires dans les points de vente du réseau. Comme l’explique le DG de cette filiale, la maison mère a en effet opté pour une organisation verticale et une maîtrise de chaque maillon de sa chaine d’approvisionnement retail (à la différence d’autres concurrents). Cela va de la gestion du parc immobilier logistique dont le groupe est (en grande majorité) propriétaire à la livraison en magasin, en passant par la mise en place d’unités de production (UP), puisqu’il convient de rappeler qu’Intermarché se démarque des autres groupes de distribution par la détention d’une activité manufacturière interne, via Agromousquetaire.
Plus de 2 000 points de vente Intermarché et Netto sont ainsi approvisionnés partout en France, par la flotte de la maison composée de 2 000 semi-remorques au logo rouge et noir. Sur les 30 bases ITM LAI de l’hexagone, 23 sont opérées en propre (pour 80 % des volumes expédiés), ce qui représente une surface d’1,25 million de mètres carrés appartenant au groupe, auxquels s’ajoutent les quatre bases de la filiale ITM LEM (Logistique Equipement de la Maison International, qui dessert les magasins Bricomarché, Bricorama, Brico Cash et Roady). « De fait, nous n’avons pas les mêmes contraintes qu’un investisseur lambda qui chercherait avant tout à rentabiliser son parc d’entrepôts, décrypte Bénédicte Guilleux, directrice de l’entité Immo Mousquetaires Amont. Notre raison d’être est de mettre en place l’outil immobilier le plus fonctionnel et le plus efficace possible en termes de coût d’exploitation, dont la finalité reste de répondre aux besoins de notre logistique. Tout cela est réfléchi dans l'intérêt de nos points de vente et de nos clients. »
« Nous limitons les kilomètres à vide »
Dans ce contexte, la rapidité et la fluidité des services logistiques sont logiquement devenus des éléments clefs de performance économique, afin que les investissements inhérents à une telle stratégie se valorisent in fine dans le caddie des Français et se traduisent par des recettes supplémentaires. Distribuer moins cher reste la clef pour vendre moins cher. « Notre objectif reste de parvenir à servir à nos clients des produits avec la meilleure fraîcheur, la meilleure DLC, et bien évidemment le meilleur prix de vente. Il convient donc de combiner rapidité des flux et optimisation des coûts de transport pour réussir ce challenge », appuie Pierre-Yves Escarpit. Un exemple ? Dressant le constat qu’une large partie de ses UP étaient concentrées dans le quart nord-ouest du territoire et fidèle à son approche barycentrée de la logistique, le groupe s’est appuyé sur un site existant pour le métamorphoser et en faire un levier de performance, à Noyant-de-Touraine (49). « Il s’agit d’une base historique, qui a été réagencée, repensée et réimplantée pour devenir une base de massification, éclaire notre interlocuteur. Elle est située au plus près d'un certain nombre de producteurs de produits frais. En particulier, elle offre un service à nos plus petits fournisseurs, permet de massifier des flux pour ensuite livrer des camions complets dans nos bases. » Ou comment optimiser le moindre mètre cube de container disponible.
Dans la même logique, un même camion de la maison peut ainsi livrer un point de vente depuis une base Intermarché le matin, puis faire un crochet par une unité de production sur le trajet retour, avant d’y desservir sa base. « Nous créons d’une certaine façon des flux positifs de reverse logistique et nous limitons ainsi au maximum les fameux ‘kilomètres à vide’, qui sont coûteux. Voilà pourquoi le positionnement géographique de nos unités de production est intégré dans notre réflexion d'optimisation du transport », développe Pierre-Yves Escarpit. En outre, cette maîtrise de A à Z confère à l’entreprise une certaine agilité, qui lui a notamment permis de rester efficiente durant la pandémie, période où le secteur logistique a dans son ensemble été mis à mal.
Le plan qui valait (presque) deux milliards
Chez Les Mousquetaires, 2012 (le titre d’un autre film à gros budget, décidément) a marqué un tournant. C’est en effet cette année-là que l’enseigne francilienne a lancé son Plan de Transformation Logistique (PTL) dont elle récolte aujourd’hui les fruits. Montant de l’investissement ? 1,7 milliard d’euros. « Cette refonte et cette manière de repenser notre logistique auraient été plus difficiles à mettre en œuvre si l’immobilier n’était pas propriété du groupement, note Bénédicte Guilleux. Quand, il y a 12 ans, il a fallu adapter notre logistique vieillissante aux enjeux de l’époque, ce fut plus simple d’opérer sur nos sites des travaux partiels, de démolition, de reconstruction, de modernisation, sans être soumis à des contraintes contractuelles avec un investisseur tiers. Nous avons gagné beaucoup de temps pour pivoter. » Parmi les métamorphoses les plus marquantes initiées par le PTL des Mousquetaires, citons pêle-mêle la construction d’une base mixte à Angoulême en 2021, la transformation de la base de Paris-Melun-Sénart en base mixte (les travaux ont abouti au printemps 2023), ou la réalisation de la première robotisation Boissons Non Alcoolisées pour sa base de Montbartier, entre 2020 et 2022.
Si le PTL élaboré par Les Mousquetaires est censé arriver à son terme en 2026, sa filiale d’immobilier industriel continue de regarder droit devant, car la filière logistique risque d’être de nouveau bouleversée par les thématiques de sobriété foncière qui gagnent les esprits et l’hémicycle. Le dispositif Zéro Artificialisation Nette a beau être fixé à horizon 2050 par la loi Climat et Résilience, le groupe « va devoir entamer une réflexion à terme, bien que nous parvenions encore à trouver du foncier à l’heure actuelle, abonde Bénédicte Guilleux. Le ZAN va nous contraindre à penser la requalification de friches ou à densifier nos sites existants avant de nous mettre en quête de surfaces sur lesquelles construire. Cette densification passera par des investissements en matière de robotisation. » Toujours dans cette logique « verte » et dans le cadre de la modernisation de ses sites, le groupe est en train de solariser ses entrepôts : 4 bâtiments le sont déjà et 7 autres le seront dans les prochains mois.